Bretagne Circus
Samedi 2 Mars 2005 - N°123

La Famille Morallès

« On choisit pas sa famille »
Un spectacle original alliant Cirque et burlesque

De chaque côté de l’entrée des artistes, deux photographies anciennes rappellent les origines de ce cirque aux senteurs particulières : Monique et Christian Mugica ont jadis crée le cirque Morallès et la troupe actuelle, composée des enfants (Carole, Sylvie, Didier et Julien) et de leurs conjoints, se vivifie de ces racines, tout en ayant adopté une personnalité propre.

D’emblée le décor donne le ton : atmosphère chaleureuse et accueillante d’un chapiteau intimiste aux décors où domine le bois, ambiance des arts forains traditionnels traités sur le mode parodique, renforcée par la musique d’accueil au son de la guitare et de l’accordéon, interprétant des partitions aux connotations tziganes. En préalable, sous forme d’un tableau vivant, chaque membre est présenté par Ernesto, le patriarche, dans son jeu d’acteur, car ici le spectacle est aussi art théâtral et chacun joue son rôle, tandis que par les adresses à l’égard de la salle, le spectateur est vite rendu complice de ce qui se déroule. Mimiques expressives et propos truculents attestent les talents de comédiens, alors que les prestations visuelles témoignent de la maîtrise des arts du cirque. « On choisit pas sa famille » est un spectacle qui se regarde et qui s’écoute…

En effet, se succèdent en un rythme endiablé des numéros traditionnels de la piste, interprétés pour coïncider avec le fil conducteur et accompagnés de musiques parfaitement adaptées et propres à renforcer les effets : jonglerie, cerceau aérien, corde, etc. On est sensible à la coordination de l’ensemble, à la minutie du travail et à l’élégance des prestations. Poésie, grâce et émotion se dégagent avec bonheur. Toutefois, pastiche et parodie viennent enrichir le spectacle, grâce aux interventions de Gaston (on reconnaît Didier Mugica), le perturbateur, imperturbable gaffeur, à la silhouette dégingandée et maladroite. En outre, des numéros, où dominent l’humour et le second degré, cassent le rythme en imposant une dimension nouvelle : qu’il s’agisse de la chienne Hifi, de la « motobylette » de tonton Gino, le « Tarzan des chapiteaux » accompagné des « Ginettes », dans le « câble de la mort » ou « la dynamo humaine », ou encore de la poule « qui parle et qui chante ».

Les arts de cirque sont désormais intégrés à un fil conducteur théâtral, où la complicité dans la drôlerie construit une cohérence dont le burlesque de situation, de mouvement et de langage sont les éléments fondateurs. La volonté de dérision joyeuse et bon enfant marque de son empreinte ce spectacle rythmé d’une forte truculence verbale et d’une puissante verve rabelaisienne. Chez Morallès, avec sérieux et professionnalisme, on a construit un spectacle qui donne l’impression de ne pas se prendre au sérieux et qui entraîne les spectateurs dans une adhésion au jeu ainsi construit. Bel exemple de renouvellement dans la continuité d’une tradition revisitée.

Des projets ? L’équipe n’en manque pas : d’abord, un livre essentiellement constitué de photographies, ensuite un nouveau spectacle déjà en cours de mise en scène…

Christian BATTAGLIA

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